Remplaçant Coco : comment trouver un tchat anonyme vraiment sûr ?

Depuis la fermeture de Coco.gg par la justice française, des dizaines de plateformes de tchat anonyme tentent de capter ses anciens utilisateurs. Bounty.chat, la plus visible, est déjà dans le viseur de l’Arcom et du gouvernement, soupçonnée de diffuser des contenus pédocriminels. Trouver un remplaçant de Coco qui soit réellement sûr suppose de dépasser l’apparence d’anonymat pour examiner ce qui se passe techniquement sous la surface.

Bounty.chat et le piège du clone de Coco

Bounty.chat s’est présenté comme une « alternative » directe au forum Coco. La Haut-Commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry a saisi l’Arcom, alerté les ministères de la Justice et de l’Intérieur, et signalé le site à la plateforme Pharos de lutte contre la violence en ligne.

A lire aussi : Zupimage et confidentialité : que deviennent vraiment vos photos ?

L’Arcom a demandé des explications à Bounty.chat par courrier, et la réponse était en cours d’analyse. Le régulateur s’est aussi rapproché d’e-Enfance et de l’OFAC (Office anti-cybercriminalité) pour examiner les suites à donner.

Le problème dépasse un seul site. Chaque fermeture d’une plateforme de tchat non modérée provoque la migration de ses utilisateurs vers un clone construit sur le même modèle : pas d’inscription, pas de vérification d’âge, pas de modération réelle. Un clone de Coco reproduit les mêmes risques que Coco, quel que soit son nom de domaine.

A lire également : Certificats de sécurité sur téléphone : sont-ils vraiment nécessaires ?

Homme consultant une application de messagerie anonyme sur smartphone dans les transports en commun

Tchat anonyme sans inscription : ce que « anonyme » signifie vraiment

La majorité des plateformes qui se revendiquent anonymes confondent deux choses distinctes. L’absence d’inscription (pas de compte, pas d’email) n’implique aucune garantie sur la confidentialité des échanges.

Un site peut afficher « pas de compte requis » tout en conservant des logs de connexion, en enregistrant les adresses IP, en stockant les conversations côté serveur ou en intégrant des traceurs publicitaires. L’absence d’inscription n’équivaut pas à la confidentialité.

Les guides techniques récents recommandent de vérifier plusieurs critères avant de choisir un service de tchat anonyme :

  • La politique de rétention des logs : combien de temps le service conserve-t-il les métadonnées de connexion, et dans quelle juridiction les serveurs sont-ils hébergés.
  • La présence ou l’absence de chiffrement de bout en bout sur les messages et les appels, qui empêche le fournisseur lui-même de lire les échanges.
  • L’accès caméra et micro : certains tchats vidéo activent ces périphériques par défaut, sans confirmation explicite de l’utilisateur.
  • L’existence de traceurs publicitaires ou de scripts tiers, qui transmettent des données de navigation à des régies sans rapport avec le service.

Un tchat qui ne demande aucune donnée personnelle mais qui conserve chaque message sur ses serveurs pendant des mois offre une illusion de vie privée, pas une protection réelle.

Le débat réglementaire a changé d’échelle depuis la fermeture de Coco.gg. Il ne s’agit plus uniquement de modération des contenus, mais de blocage administratif et de responsabilité d’hébergeur. L’Arcom dispose désormais de leviers pour demander le blocage de sites par les fournisseurs d’accès, sans attendre une décision judiciaire dans certains cas.

Pour un utilisateur, la conséquence directe est simple : une plateforme de tchat qui n’affiche aucune mention légale, aucune entité juridique identifiable et aucun dispositif de signalement n’est pas un espace « libre ». C’est un espace que personne n’administre, où les recours en cas de harcèlement, d’exposition à des contenus illicites ou de captation de données sont quasi inexistants.

Les plateformes qui se conforment au droit français affichent une modération active, un système de signalement accessible, et une coopération avec les autorités. Ces éléments ne garantissent pas l’absence totale de risque, mais ils constituent un plancher minimal de sécurité.

Deux adultes utilisant leurs téléphones pour des conversations privées et anonymes dans un café

Messageries chiffrées ou tchat aléatoire : deux logiques de sécurité incompatibles

Les recommandations récentes en matière de confidentialité orientent les utilisateurs vers des messageries sécurisées plutôt que vers des sites de rencontre aléatoire. La raison est structurelle. Un tchat aléatoire met en contact des inconnus sans filtrage préalable. La sécurité d’un tchat aléatoire dépend entièrement de sa modération, parce que l’utilisateur ne choisit pas son interlocuteur.

Une messagerie chiffrée de bout en bout fonctionne sur une logique inverse : l’utilisateur choisit à qui il parle, et le contenu des échanges reste inaccessible au fournisseur du service. Les deux usages ne répondent pas au même besoin.

Chercher un « remplaçant de Coco » en espérant y trouver à la fois l’anonymat total, la rencontre aléatoire et la sécurité revient à demander trois choses qui s’excluent mutuellement. L’anonymat total sans modération attire les comportements prédateurs. La modération efficace suppose une identification minimale des utilisateurs. Un tchat vraiment sûr implique un compromis entre anonymat et traçabilité.

Critères concrets pour évaluer une alternative à Coco

Plutôt qu’une liste de noms de plateformes qui changent ou disparaissent en quelques mois, les critères de sélection restent stables :

  • Vérification d’âge : un mécanisme réel (et pas une simple case à cocher) réduit l’exposition des mineurs. Les plateformes sans aucune vérification reproduisent le modèle exact de Coco.
  • Entité juridique identifiable : une société déclarée, des mentions légales, un siège dans une juridiction où le droit s’applique. Un site sans aucune information légale ne peut pas être contraint de coopérer en cas de signalement.
  • Chiffrement et politique de données : les conditions d’utilisation doivent préciser ce qui est conservé, pendant combien de temps, et à qui ces données peuvent être transmises.
  • Modération humaine ou assistée : un système de signalement qui aboutit à une action concrète, pas un bouton décoratif.

Les données disponibles ne permettent pas de désigner une plateforme unique comme « le » remplaçant sûr de Coco. Les retours terrain divergent selon les usages, et la fiabilité d’un service de tchat se vérifie dans ses conditions d’utilisation, pas dans ses promesses marketing. Un tchat anonyme qui refuse de préciser sa politique de données ou qui n’affiche aucun dispositif de signalement n’a aucune raison d’être considéré comme sûr, quelle que soit sa popularité.

Les plus plébiscités